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Article: Le boubou

Le boubou

Avant le boubou, il y avait le pagne.

En Afrique de l'Ouest, les premiers vêtements étaient des bandes de tissu enroulées autour du corps, coton tissé à la main, raphia, fibres végétales. Le kente, en coton ou en soie, était réservé aux familles de haut rang et porté comme une toge. Au Mali, le bogolan, vient de la terre en bambara, se teignait à la boue fermentée, donnant des tons noirs, bruns, ocres. Chaque tissu était un langage.

La noblesse ouest-africaine portait déjà, avant toute influence extérieure, des tuniques amples aux broderies précises. Ce n'est pas le vêtement qui est arrivé de l'extérieur. C'est la rencontre qui a produit quelque chose de nouveau. Le boubou porte des influences islamiques et africaines entrelacées. Certaines théories suggèrent une origine propre que les échanges transsahariens sont venus enrichir sans remplacer.

Son nom vient du wolof, mbubb, le vêtement ample qui retombe. En mandingue, on dit bubu. Un même vêtement, plusieurs langues, plusieurs peuples.

En 1324, Mansa Musa, roi du Mali, traverse le Sahara en pèlerinage vers La Mecque. Son cortège impressionne les cours du Caire et d'Arabie. Les robes brodées, la soie, la magnificence d'un empire que le monde ignorait. Le vêtement, ce jour-là, est une déclaration.

François-Edmond Fortier, Seigneur de Dakar, vers 1900-1905. Collection AOF. Domaine public. Photographe anonyme, Femme sénégalaise, vers 1900. Collection privée / Bridgeman Images. Réf. 36880.

La couleur, la matière, la qualité des broderies et la façon de le porter communiquent l'identité sociale, le rang, l'appartenance. Mais le boubou dit aussi autre chose. Il dit la finesse du tissage, la parure choisie avec soin, le geste de la femme qui noue son foulard avant de sortir. Un langage complet, lisible par ceux qui le parlent.

Le temps de travail d'un beau boubou peut aller de quelques heures à plusieurs semaines. Ce temps-là se lit dans le tissu.

Chez Jarama, le boubou est l'une de nos silhouettes fondatrices. Coton voile teint à la main, soie naturelle, lin lavé. La matière change, la forme reste. Ample, libre, juste. Pensée pour traverser le temps et accompagner le corps sans le contraindre.

RÉFÉRENCES
Ibn Battuta, Voyages dans le Soudan, XIVe siècle.
Shihab al-Umari, Masalik al-Absar, XIVe siècle.
Hadrien Collet, Échos d'Arabie — Le pèlerinage à La Mecque de Mansa Musa, History in Africa, Cambridge University Press, 2019.
G. F. Kojo Arthur & Robert Rowe, Akan Kente Cloths and Motifs, Marshall University, 2001.
Bernhard Gardi, Le boubou, c'est chic, Merian, Bâle, 2000.

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