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Article: Le caftan

Le caftan

On se dispute encore sa provenance.

Certains disent Perse, d'autres Byzantin, d'autres encore Ottoman. Ce qui est certain, c'est que le caftan n'est pas né d'un seul peuple mais de plusieurs mondes qui se sont rencontrés, traversés, influencés.

Le terme vient du persan qaftān, passé par le monde ottoman avant d'être adopté dans différents territoires musulmans. Un mot, plusieurs langues, plusieurs cours, plusieurs siècles. Quand les Turcs prirent Constantinople en 1453, le caftan sobre et pratique des steppes se para des marques de la puissance du nouvel empire. Soieries de Bursa, velours de soie, fils d'or et d'argent tissés dans des ateliers rattachés au Palais d'Istanbul. Près de 2 500 caftans ayant appartenu aux sultans entre le XVe et le XIXe siècle sont conservés au palais de Topkapi. 77 appartiennent à Soliman le Magnifique seul. Considérés comme des reliques après la mort de leur possesseur, ils sont devenus la mémoire d'une dynastie.

Le caftan devient langage. Il dit le rang par la matière, la couleur, la broderie. Il circule avec les ambassadeurs, les marchands, les exilés. Il voyage sans passeport, adopté et réinventé à chaque étape.

Portrait du sultan Soliman le Magnifique, d'après Levni. Art ottoman, XVIIIe siècle. Collection privée, n° 10081. Photo Rossini, Paris. Photographe anonyme, Femme juive en costume de dame maure marocaine, Tanger, vers 1850-1880. Smithsonian National Museum of African Art. Domaine public.

Le caftan arrive au Maghreb par les routes ottomanes et andalouses. À Fès, à Alger, à Tunis, il se mêle aux étoffes locales, aux savoir-faire andalous, aux influences sahariennes. Il devient gandoura, qob, takchita. Chaque ville en a sa coupe, chaque famille son héritage.

Il n'appartient à personne et à tout le monde. Les femmes juives de Tanger le portent au même titre que les femmes musulmanes. Il traverse les communautés, les religions, les origines. Le vêtement de la joie. En décembre 2025, le caftan marocain est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, reconnaissant un ensemble de pratiques culturelles sans identifier un pays comme propriétaire. La formulation est juste. Ce vêtement n'a jamais appartenu à un seul peuple.

Aujourd'hui encore, le caftan est une présence. Sur les scènes, dans les mariages, dans les maisons comme dans la rue. Il change, se simplifie parfois, se réinvente souvent. Mais il reste ce vêtement qui relie les rives et les mémoires.

Chez Jarama, le caftan est une exploration. Nous revenons à cette silhouette ancienne, la coupe longue, les manches amples, le tissu qui tombe, et nous la revisitions avec des matières nobles choisies pour leur présence et leur durée.

RÉFÉRENCES
Charlotte Maury (dir.), À la cour du Grand Turc — Caftans du palais de Topkapi, Musée du Louvre / 5 Continents Editions, Paris-Milan, 2009.
UNESCO, Le caftan marocain : art, traditions et savoir-faire, Liste représentative du patrimoine culturel immatériel, décembre 2025.
Gül İrepoğlu, Levnî — Painting, Poetry, Colour, T.C. Kültür Bakanlığı, Istanbul, 1999.
Wikipedia, Histoire du caftan au Maroc, consulté 2026.
Qantara — Patrimoine méditerranéen, Institut du Monde Arabe, Paris.

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