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Article: Le kimono

Le kimono

Kimono. En japonais, les deux caractères signifient simplement 'chose à porter'. Un nom presque trop sobre pour ce qu'il contient.

Ses origines remontent à la période de Nara (710-794), quand le Japon était sous l'influence profonde de la Chine des dynasties Tang. Les nobles japonais adoptent des tenues amples aux manches larges, aux cols croisés. Le kosode, littéralement 'petites manches', naît comme sous-vêtement fonctionnel porté sous les couches extérieures. Ce n'est encore que l'esquisse d'un vêtement.

La rupture diplomatique avec la Chine au début de la période Heian (794-1185) est ce qui donne au kimono sa nature propre. Coupé de son modèle, le Japon invente son propre langage vestimentaire. Le kosode sort de sa condition de sous-vêtement. La cour de Kyoto développe une esthétique du raffinement discret, fondée sur la superposition, la couleur, le motif.

Ce vêtement est un langage d'une précision rare. Les couleurs disent la saison, l'état civil, le rang. Les motifs disent l'intention: la pivoine pour la noblesse, la grue pour la longévité, le cerisier pour la beauté éphémère. Les femmes japonaises changeaient de kimono selon le mois, parfois selon l'heure. Ce n'est pas de la coquetterie, mais de la précision.

Kitagawa Utamaro (1753-1806), bijin okubi-e, période Edo, vers 1795-1804. Domaine public. Portrait de Noguchi Shōhin (1847-1917), première femme artiste officielle de la Maison Impériale japonaise. Photographie de studio, ère Meiji, vers 1900-1910. Domaine public.

En 1981, Rei Kawakubo présente Comme des Garçons à Paris. La même année, Yohji Yamamoto défile dans la Cour Carrée du Louvre. Silhouettes noires, asymétriques, déstructurées. La presse parle de 'Hiroshima chic'. Ce que Paris ne comprend pas encore, c'est que ces vêtements parlent d'autre chose : la liberté du corps non contraint, l'espace entre le tissu et la peau, la coupe qui n'impose rien. L'héritage du kimono, traduit pour un autre temps.

Issey Miyake avait précédé, dès 1973, en expérimentant les formes traditionnelles japonaises pour en extraire quelque chose d'universel. Ces trois créateurs n'ont pas exporté le kimono. Ils en ont transmis la philosophie.

Chez Jarama, le kimono est une silhouette fondatrice. Nous revenons à cette coupe ancienne, droite, ample, ouverte, et nous la revisitions avec des matières nobles choisies pour leur présence et leur légèreté. Un vêtement qui accompagne le corps sans le contraindre.

RÉFÉRENCES
Liza Crihfield Dalby, Kimono: Fashioning Culture, University of Washington Press, Seattle, 1993.
W. David Marx, Ametora: How Japan Saved American Style, Basic Books, New York, 2015.
SSENSE, A Timeline of the Japanese Design Avant-Garde, 2016.
Wikipedia, Noguchi Shōhin, consulté 2026.
Wikipedia, Kimono, consulté 2026.

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